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Articles : Le droit du logiciel (libre) : état et évolutions

Posté par Denis Dordoigne . Modéré le 07 avril 2006.
Justice
De nombreuses rumeurs circulent sur Internet à propos de la situation du droit du logiciel (et du logiciel libre), et encore plus sur ses évolutions. Le temps est venu de faire un point de la situation à ce jour.

L'état du droit du logiciel en Europe - et plus particulièrement en France - est encadré précisément par des lois et des directives.
Si le droit d'auteur, les brevets, l'interopérabilité, EUCD / DADVSI, les standards ouverts sont des notions qui vous interpellent, voici une première synthèse dans l'article ci-dessous.

Vous pouvez creuser le sujet avec les liens fournis, qui renvoient aux textes de base.

Note : cet article reprend la conférence que je donnerai lors de la session "L'actualité du Libre : recherche, droit, législation" d'Autour du libre 2006

> Lire la dépêche (12 commentaires, moyenne: 2,8).  

État du droit
Le droit du logiciel dans l'union européenne est encadré par une directive de 1991 qui a été transposée sans difficultés dans les législations nationales. Cette directive indique que le logiciel est encadré par le droit d'auteur, c'est-à-dire que le créateur d'un logiciel (et ses ayant-droit) a un droit patrimonial sur son œuvre jusqu'à 70 ans après sa mort. Une seule exception existe dans le cas des salariés, qui laissent les droits sur leurs œuvres à leur employeur, sauf si leur contrat de travail indique explicitement le contraire.

La création de logiciel elle-même est aussi libre : il n'y a pas d'inquiétude juridique à avoir à cause des brevets (ceux-ci sont interdits aux logiciels en Europe depuis la convention de Munich de 1973) et seul l'utilisateur est responsable de l'utilisation d'un logiciel, l'auteur et le distributeur étant dégagés de toute responsabilité quant à l'utilisation illégale d'un logiciel.

Enfin, l'interopérabilité - ou neutralité technologique - c'est-à-dire, la possibilité pour plusieurs systèmes de travailler ensemble, est garantie par les standards ouverts, qui n'ont aucun statut légal, et par le droit de « neutralisation technologique » qui autorise à contourner les systèmes de protection afin de garantir l'interopérabilité.


OEB et brevets logiciels
L'office européen des brevets (OEB) a déjà reçu en dépôt 30 000 "brevets logiciels", qui sont en attente de légalisation. Jusqu'à présent, toutes les tentatives en ce sens ont échoué, l'échec le plus médiatique ayant eu lieu en juillet 2005 au parlement européen (les médias français en ont peu parlé, à cause de l'échec - le même jour - de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques 2012).


EUCD / DADVSI
Un traité adaptant les droits d'auteurs à la société de l'information a été signé dans le cadre de l'organisation mondiale de la propriété intellectuelle en 1996. Une directive européenne, EUCD, a transcrit cet accord dans le droit européen, et une loi, DADVSI, est en cours de vote par le parlement français pour transcrire la directive dans le droit européen.

La France ayant pris du retard (elle risque une forte amende), le ministre de la culture a décidé d'utiliser la procédure d'urgence qui permet de n'avoir qu'une lecture de la loi à l'assemblée nationale et au sénat. L'assemblée nationale s'est prononcée en mars, et le sénat devra se prononcer en mai.

La loi votée par l'assemblée nationale rend certains logiciels illégaux, en rendant responsable les éditeurs qui fournissent des logiciels manifestement destinés au partage d'œuvres protégées. Aucun logiciel n'étant présenté par ses distributeurs comme "destiné au partage d'œuvres protégées", on peut supposer que tous les auteurs de logiciels permettant une forme quelconque de partage sont menacés par cette loi. Par ailleurs, la copie privée est limitée par la loi, ce qui risque de rendre illégaux certains logiciels destinés à la création de copies privées.

Cependant, la loi votée par l'assemblée nationale a aussi redéfini l'interopérabilité comme un devoir en rendant obligatoire la fourniture par les éditeurs de logiciels des informations techniques nécessaires à l'interopérabilité, l'objectif clairement affiché par la loi étant l'obtention de "standards ouverts". Par ailleurs, la loi autorise la publication du code source des logiciels permettant de contourner des mesures techniques, légalisant ainsi les logiciels libres.

Cette discussion est archivée, il n'est plus possible de laisser des commentaires.

Note : les commentaires appartiennent à ceux qui les ont postés. Nous n'en sommes pas responsables.

Merci

Posté par Denis Dordoigne le 07/04/2006 à 16:22. (lien). Évalué à 8.

Merci aux personnes ayant réorganisé la dépêche, je n'avais pas réussi à distinguer un entête et un corps d'article.

Au passage, je précise que la consultation à propos du projet communautaire a été prolongée jusqu'à mercredi, rendez-vous sur http://consultation.ffii.org

Dans la discussion suite à la présentation ce matin, on a parlé de la mobilisation avant le vote du DADVSI au sénat. Il serait bon d'avoir des soutiens internationaux pour la partie "interopérabilité" du DADVSI, afin de faire le poids face à apple et aux USA qui deront pression contre la neutralité technologique auprès des sénateurs. Continuez de suivre http://eucd.info pour rester informés à ce sujet.

Entrée en vigueur

Posté par peco le 07/04/2006 à 18:17. (lien). Évalué à 2.

Bonjour à tous!

La loi a donc été votée. Mais est-elle en vigueur ? Je veux dire, attend-on les décrets d'application, n'y en aura-t-il pas, ou bien ont ils déjà été publiés ?

Une correction de date

Posté par Erwan Hamon (page perso) le 07/04/2006 à 18:41. (lien). Évalué à 5.

La convention de Munich date de 1973. Les programmes d'ordinateurs sont exclus du champs de la brevetabilité par l'article 52-2.

http://www.european-patent-office.org/legal/epc/f/ma1.html
http://www.european-patent-office.org/legal/epc/f/ar52.html#(...)

En 1953, le logiciel était la couche de peinture sur des machines extrèmement chère. Le partage des sources et des patchs entre mathématiciens était la norme. Personne ne se souciait du régime de protection des logiciels. L'utilisation du Copyright a du commencer vers 1955 avec COBOL et Fortran (à vérifier).

Hé oui, la paranthèse logiciels fermés et propriétaires sera bientôt considérée comme une anomalie de l'histoire. ;-)

Ca ne peut pas marcher leur truc.

Posté par Paul Chavent (page perso) le 07/04/2006 à 19:41. (lien). Évalué à 1.

Par ailleurs, la copie privée est limitée par la loi, ce qui risque de rendre illégaux certains logiciels destinés à la création de copies privées.


Le moindre truc qui tourne sur un ordinateur est donc potentiellement destiné à la création de copie privée puisque tout logiciel lit/écrit sur un média.

Il suffit de démonter le média et de le mettre ailleur pour continuer à répandre la copie.

On tombe très vite dans l'illégalité et je pense qu'il sera facile pour un avocat de mettre cela en avant pour disculper les victimes.

Peut-être que c'est un sujet qui a été discuté maintes fois, mais je m'en apperçoit que maintenant.

[+] P2P

Posté par mickaël rameau (page perso) le 07/04/2006 à 20:23. (lien). Évalué à -4.

Salut,

Depuis la loi dadvsi tous les reseaux de peer to peer sont interdits de France ?

Peux on contourner çà ? avec des reseaux crypter, je pense a freenet.

Ya t'il encore des reseaux d'échange de fichiers, hormis le fansub.

Si je veux mettre une oeuvre du domaine public en P2P je peux pas ca n'a pas de sens ?

Ils ont tous bloqué alors. ?

giFT et nicotine ne se connécte pas chez moi.

Je suis pour l'innovation technologique et l'échange de fichiers.

[+] EUCD

Posté par louis perrier le 10/04/2006 à 14:23. (lien). Évalué à -1.

une autre directive europeene est prévue sur ce sujet. je n'en sais pas plus. Quelqu'un a - il des infos ?

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